Le block tagging des notes entre dans le périmètre obligatoire
Depuis l'exercice 2020, les émetteurs cotés sur un marché réglementé de l'UE balisent leurs états financiers primaires en iXBRL. Compte de résultat, bilan, tableau des flux de trésorerie : le périmètre était délimité, gérable. Pour beaucoup de sociétés, cela représentait quelques centaines de balises par document.
Le règlement délégué (UE) 2019/815, dans sa version modifiée applicable à partir de l'exercice 2022, élargit ce périmètre. Il impose le balisage des informations contenues dans les notes aux états financiers, pour tous les concepts IFRS en scope dans la taxonomie ESMA. L'obligation est ferme, sans phase pilote ni exemption.
Repère réglementaire : le règlement délégué (UE) 2019/815 de la Commission a été modifié par le règlement (UE) 2022/352. Cette modification introduit l'obligation de block tagging des notes aux états financiers. Elle s'applique aux exercices ouverts le 1er janvier 2022 ou après. L'ESMA a publié les spécifications techniques correspondantes dans la taxonomie IFRS 2022.
Le block tagging diffère du value tagging appliqué aux états primaires. Il ne s'agit pas de baliser un montant précis : on balise un bloc de texte ou un tableau entier qui correspond à une information requise par une norme IFRS. C'est une logique différente, qui demande une lecture fine de la taxonomie et des notes elles-mêmes.
100 à 150 pages de notes dans un URD de 400 pages
Un URD de 400 pages contient en général entre 100 et 150 pages de notes aux états financiers. C'est le volume habituel pour une société du SBF 120 qui applique les IFRS. Politique de consolidation, décomposition des actifs incorporels, détail des dettes financières, engagements hors bilan : chaque note peut mobiliser plusieurs concepts de la taxonomie.
Là où le balisage des états primaires concernait quelques centaines de balises, les notes peuvent en exiger plusieurs milliers. L'ordre de grandeur change du simple au décuple.
Ce volume pèse directement sur la charge de travail. Il faut identifier chaque concept applicable dans la taxonomie IFRS, puis le mapper à la section de notes correspondante. La correspondance se valide avec l'équipe comptable avant le balisage dans l'outil. Pour chaque exercice. Et pendant que les notes continuent d'être révisées.
Les sociétés qui avaient abordé 2022 sans anticiper cette charge ont découvert un chantier là où elles attendaient un ajustement.
Baliser les notes suppose d'abord que les notes soient dans Workiva
Pour baliser les notes dans Workiva, une condition préalable s'impose : les notes doivent être dans Workiva. Cela semble évident. Ce ne l'était pas pour toutes les sociétés en 2022.
Certaines équipes n'avaient fait entrer dans Wdesk que les états financiers primaires, ou une partie du document de référence. Les notes restaient dans Word ou dans un document Workiva non connecté, sans structure XBRL associée.
L'extension de périmètre a forcé une refonte de l'architecture documentaire. Il a fallu reconstruire les sections de notes dans Wdesk : arborescence de sheets, liens entre tableaux et paragraphes, configuration XBRL activée sur toutes les sections concernées. Ce type de chantier se compte en semaines.
Ce que révèle cette contrainte : la configuration initiale de Workiva conditionne la capacité à absorber les évolutions réglementaires. Une architecture qui couvre le document entier, avec une structure Wdesk cohérente dès le départ, encaisse l'élargissement du périmètre sans refonte.
Des dizaines d'extensions créées dans l'urgence, sans règle de nommage
La taxonomie IFRS publiée par l'ESMA couvre un large spectre de concepts. Mais les notes contiennent des informations spécifiques à chaque émetteur : détail d'une acquisition, composition d'un poste non standard, ventilation propre à l'activité du groupe. Ces informations n'ont pas toujours de concept correspondant dans la taxonomie de base.
La réponse réglementaire tient dans les extensions : des concepts propres à l'émetteur, rattachés à l'arbre de la taxonomie IFRS selon des règles précises. Ce mécanisme existe depuis 2020. Avec les notes, le volume potentiel d'extensions change d'échelle.
En 2022, chez certains émetteurs, des dizaines d'extensions ont été créées dans l'urgence. Sans politique de nommage. Sans vérification que le concept n'existait pas déjà dans la taxonomie standard. Sans cohérence entre les exercices. Le résultat se voit dans les taxonomies : extensions redondantes, libellés mélangeant plusieurs langues, concepts créés en doublon par deux intervenants du même projet.
Une extension mal nommée ou mal ancrée dans l'arbre taxonomique, c'est une erreur de validation potentielle au moment du dépôt AMF. Et c'est une dette technique qui s'accumule d'exercice en exercice.
Trois erreurs de balisage qui reviennent sur les notes
Trois types d'erreurs ont concentré la majorité des problèmes rencontrés lors des premiers exercices avec balisage des notes.
Le premier : le block tagging appliqué à des paragraphes entiers non pertinents. Le block tag cible le bloc qui porte l'information requise par la norme, pas la note en entier. Taguer trois pages de texte avec un seul concept parce que la note aborde le sujet reste une erreur courante. Le concept doit correspondre précisément au contenu balisé.
Le deuxième : les extensions dupliquées. Deux intervenants différents, deux concepts créés pour la même réalité économique, deux libellés différents. La validation de cohérence inter-exercices devient impossible, et la comparabilité que le règlement cherche à favoriser disparaît.
Le troisième : l'usage de concepts numériques pour baliser du texte, ou l'inverse. La taxonomie IFRS distingue les éléments textuels (type textBlock) des éléments numériques. Appliquer un concept numérique à un paragraphe descriptif génère une erreur de validation. L'outil la remonte, mais certaines équipes l'ont contournée sans en chercher la cause.
L'extension aux notes a servi de test de maturité aux environnements Workiva
Certaines sociétés avaient structuré leur configuration depuis le départ : architecture documentaire cohérente, politique d'extension définie, gouvernance XBRL en place. Elles ont absorbé l'élargissement sans rupture. Quelques semaines de travail supplémentaire, quelques centaines de balises additionnelles.
Les autres ont eu un chantier. Refonte de l'architecture, reconstruction des sections de notes dans Wdesk, formation des équipes au block tagging, définition tardive d'une politique d'extension. Le tout sous contrainte de calendrier, avec un dépôt AMF qui ne se déplace pas.
Sur nos projets 2022, les erreurs de balisage des notes venaient presque toujours de la configuration, du processus ou de la gouvernance documentaire. La lecture du règlement était rarement en cause.
Un indicateur fiable : avant 2022, l'export iXBRL des états primaires prenait déjà du temps ou générait des erreurs récurrentes chez certains émetteurs. Le passage aux notes a amplifié ces difficultés. La qualité de la configuration se lit dans les incidents de dépôt.
La charge ne repartira pas en arrière, la taxonomie bougera chaque année
L'obligation de balisage des notes est établie. La taxonomie IFRS évolue chaque année : de nouveaux concepts entrent en scope, les règles de validation se précisent. Chaque exercice demande une revue du mapping notes/concepts et une mise à jour des extensions existantes.
Les sociétés qui ont peiné en 2022 ont deux options. Corriger les mêmes problèmes à chaque dépôt. Ou reprendre la cause : restructurer la configuration Workiva, formaliser une politique d'extension, la documenter et la maintenir.
La qualité du balisage ESEF tient à la connaissance de la taxonomie. Elle tient autant à la façon dont le document de référence est construit et maintenu dans l'outil de disclosure management. 2022 a rendu ce second point visible.