Cinquième exercice ESEF : le processus tient, le référentiel bouge

Les sociétés assujetties dès 2020 publient en 2025 leur cinquième rapport financier annuel au format ESEF. Pour celles qui ont structuré leur processus correctement, le cycle est rodé : taxonomie construite, balisage iXBRL maîtrisé, package Arelle valide, dépôt AMF dans les délais.

Rodé ne veut pas dire stable. Chaque exercice apporte sa mise à jour taxonomique. Et 2024 ouvre deux chantiers supplémentaires : IFRS 18 à préparer, CSRD à intégrer dans le même outil.


La taxonomie ESEF 2023 apporte son lot d'éléments dépréciés

Pour les états financiers de l'exercice 2024, la taxonomie de référence est la taxonomie ESEF 2023, publiée par l'ESMA. Elle s'appuie sur les IFRS Taxonomy 2023 de l'IASB.

Les mises à jour annuelles de taxonomie comportent trois types de changements : nouveaux éléments ajoutés, éléments existants marqués comme dépréciés, et modifications de labels ou de définitions.

Les nouveaux éléments peuvent permettre de sortir d'une extension taxonomique créée par défaut lors d'un exercice précédent. Chaque fois qu'un concept standard remplace une extension, la taxonomie gagne en robustesse et en comparabilité.

Cette mise à jour taxonomique demande du temps. Pour les sociétés qui ont accumulé de la dette technique sur leurs extensions, chaque exercice ajoute une couche de complexité.


IFRS 18 : pourquoi une norme applicable en 2027 est déjà un sujet ESEF

En avril 2024, l'IASB a publié IFRS 18 "Présentation et informations à fournir dans les états financiers". Ce standard remplace IAS 1, en vigueur depuis 1997 dans sa version révisée.

L'application est obligatoire pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, avec comparatifs 2026 à retraiter. Soit un premier rapport annuel ESEF sous IFRS 18 à publier au printemps 2028.

Ce que IFRS 18 change dans la structure du compte de résultat

IFRS 18 introduit une classification obligatoire des produits et charges en cinq catégories : opérationnel, investissement, financement, impôts sur le résultat, et activités abandonnées. Les catégories opérationnel, investissement et financement sont nouvelles par rapport à IAS 1.

Cette restructuration est majeure. Pour de nombreux groupes, le format actuel du compte de résultat ne correspond pas aux nouvelles catégories. Des lignes devront être créées, renommées, ou déplacées.

IFRS 18 refond l'architecture du compte de résultat. Les libellés changent, mais la structure sous-jacente change d'abord, et c'est elle qui porte le balisage.

L'impact sur la taxonomie ESEF

La taxonomie ESEF est adossée à la taxonomie IFRS. Quand IFRS 18 entre en application, la taxonomie IFRS sera mise à jour pour refléter les nouvelles structures. La taxonomie ESEF suivra.

Concrètement : les éléments du compte de résultat actuellement balisés sous IAS 1 devront être rebalisés sous IFRS 18. Les extensions taxonomiques construites sur les structures IAS 1 devront être reconstruites sur la nouvelle base conceptuelle.

Pour les sociétés dont la taxonomie est propre, les extensions bien documentées, et le workflow Workiva structuré : cette migration sera du travail, mais du travail prévisible. Pour celles qui ont accumulé des extensions approximatives et des mappings non maintenus, ce sera une reconstruction quasi complète.


Le rapport de durabilité entre dans le périmètre ESEF de l'URD

Depuis l'exercice 2024, les premières grandes sociétés cotées publient leur rapport de durabilité intégré à l'URD. La directive CSRD (2022/2464/UE) et les normes ESRS s'appliquent.

Ce rapport de durabilité fait partie du rapport de gestion. Il est donc inclus dans le périmètre ESEF de l'URD. Mais le balisage iXBRL du rapport de durabilité suit des règles spécifiques : la taxonomie ESRS, distincte de la taxonomie IFRS financière.

Workiva permet de gérer les deux flux dans le même environnement. L'URD, les états financiers IFRS balisés en iXBRL, et le rapport de durabilité ESRS vivent dans la même plateforme. Les données peuvent être connectées : un chiffre d'affaires apparaissant dans les états financiers et dans un indicateur ESG peut être sourcé depuis le même point de données.

Ce que la convergence exige de l'architecture de données

Cette intégration ne se fait pas automatiquement. Elle suppose une architecture de données pensée pour connecter les flux financiers et ESG. Dans la pratique, les deux périmètres sont souvent configurés de façon indépendante : l'équipe finance gère ESEF, l'équipe RSE gère CSRD. Les silos organisationnels se retrouvent dans les silos de configuration.

Une configuration Workiva pensée pour la convergence CSRD/ESEF structure les données à la source. Les indicateurs partagés entre les deux rapports sont définis une seule fois. Les révisions en cascade sont évitées. La cohérence entre les deux publications est traçable.


Une configuration limitée aux états financiers IFRS ne suffit plus

Pendant quatre ans, une configuration Workiva ESEF pouvait se limiter aux états financiers IFRS : balisage du compte de résultat, du bilan, du tableau de flux, des notes. C'était suffisant pour répondre à l'obligation réglementaire.

Ce périmètre n'est plus suffisant pour les sociétés concernées par la CSRD dès l'exercice 2024. L'URD contient désormais un rapport de durabilité. La configuration Workiva doit absorber ce nouveau périmètre sans casser les workflows existants.

Les groupes qui ont configuré Workiva proprement depuis le départ disposent d'une base solide pour étendre le périmètre. Ceux qui ont bricolé une configuration minimale pour répondre à l'obligation ESEF découvrent les limites de cette approche au moment où la charge augmente.


Deux chantiers à traiter maintenant, pas en urgence en 2027

Pour les sociétés bien configurées, le processus ESEF fonctionne. Dépôt AMF, validation Arelle, workflow de révision : quatre ans de rodage ont fait leur travail.

Restent deux chantiers. Ni l'un ni l'autre ne se règle pendant la période de clôture.

Le premier : préparer la migration IFRS 18. Auditer la taxonomie actuelle, identifier la dette technique sur les extensions, documenter les balisages existants. Ce travail est indépendant du dépôt annuel et se mène en dehors du cycle de publication.

Le second : structurer la convergence CSRD dans Workiva. Pour les sociétés concernées dès l'exercice 2024, les flux ESG s'intègrent comme une extension de l'architecture existante, pas en module posé à côté.

Les deux se traitent dans Workiva, à condition que la configuration ait été pensée pour absorber ces évolutions. Cocher l'obligation de l'exercice en cours ne suffit plus.